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Neurocognition et neuroréhabilitation

DOI: https://doi.org/10.4414/fms.2020.03327
Date de publication: 23.09.2020
Forum Med Suisse. 2020;20(3940):538

Prof. Dr méd. Adrian G. Guggisberga, Prof. Dr méd. Thomas Nyffelerb

a Service de Neuroéducation, Hôpitaux Universitaires de Genève, Genève; b Neurozentrum, Luzerner Kantonsspital, Luzern

Malgré les progrès réalisés au niveau du traitement aigu, l’accident vasculaire cérébral (AVC) reste la prin­cipale cause de handicap à l’âge adulte. De nombreux ­patients se rétablissent du moins en partie des déficits neurologiques initiaux, la majeure partie des améliorations se produisant au cours des 3–4 premiers mois après l’AVC. Des données récentes montrent désormais qu’il existe deux différents schémas d’évolution des ­déficits neurologiques au cours de la réactualisation dans les 3–6 premiers mois. Ces schémas ont tout d’abord été identifiés pour les déficits moteurs [1, 2], mais ils s’appliquent toutefois également aux troubles de la parole [3] et à la négligence hémispatiale [3, 4].

Le premier schéma concerne la majorité des patients. Chez ces patients (carrés noirs, fig. 1), il y a une récupération des fonctions neurologiques dans une certaine proportion par rapport au déficit initial [1–3, 5]. Comme le montre la figure 1, dans l’absolu, les ­patients avec un trouble initial grave (axe X, à droite) connaissent le plus grand gain fonctionnel (axe Y). Etant donné que ce gain stagne toutefois à une proportion fixe (env. 70%) de la fonction perdue chez tous les patients de ce groupe, un déficit grave initial est dès lors associé à un devenir plus défavorable. Dans la mesure où ce schéma d’évolution s’observe à la fois pour les déficits moteurs et pour les déficits cognitifs, des principes fondamentaux communs de la plasticité cérébrale pourraient ­entrer en jeu.

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Figure 1: Schéma d’évolution proportionnelle (carrés) et non proportionnelle (cercles). Le test de Fugl-Meyer est un examen standardisé des déficits moteurs après un accident vasculaire cérébral. Des valeurs basses indiquent une parésie plus ­sévère. La parésie initiale sur l’axe des abscisses correspond à la différence entre le nombre de points maximum pour ­l’extrémité supérieure (66) et le nombre de points 2 semaines après la survenue de l’accident vasculaire cérébral. Les valeurs aux alentours de 60 indiquent une hémiplégie sévère sans mouvement actif du bras. L’amélioration sur l’axe des ordonnées correspond à la différence entre la 2e et la 12e semaine après l’accident vasculaire cérébral.

Un deuxième groupe comprend les patients avec des déficits sévères qui ne présentent que peu ou pas d’améliorations (cercles blancs, fig. 1). Ainsi, chez ces patients, les mécanismes habituels de la plasticité ne se déploient pas, et ils présentent dès lors le pronostic nettement le plus défavorable. Concernant la motricité du bras, il a été montré ­récemment que ce type d’évolutions négatives survenaient en cas de lésion sévère du tractus cortico­spinal. Chez les patients atteints de ­parésie du bras sévère, l’absence de potentiels évoqués moteurs [6] ou les lésions sévères de la voie pyramidale à l’imagerie [7, 8] sont des prédicteurs fiables d’un schéma d’évolution défavorable. Concernant l’aphasie et la négligence, la base anatomique des évolutions ­défavorables n’est pas connue.

A l’heure actuelle, le deuxième groupe de patients ne profite pas de façon satisfaisante des traitements disponibles. A l’avenir, il sera primordial de développer des traitements plus efficaces pour ce groupe de patients [9]. Les examens cliniques standardisés, tels que l’échelle de Fugl-Meyer, fournissent des infor­mations pronostiques utiles concernant la régression escomptée des déficits et peuvent être facilement combinés à des méthodes instrumentales.

Disclosure statement

Les auteurs n’ont pas déclaré des obligations financières ou ­personnelles en rapport avec l’article soumis.

Crédits

Image d'en-tête: Science Photo Library / Alamy Stock Photo

Adresse de correspondance

Prof. Dr méd.
Adrian G. ­Guggisberg
Hopitaux Universitaires de Geneve
Av. de Beau-Séjour 26
CH-1211 Genève
Adrian.Guggisberg[at]
hcuge.ch

Références

1 Prabhakaran S, Zarahn E, Riley C, et al. Inter-individual variability in the capacity for motor recovery after ischemic stroke. Neurorehabil Neural Repair. 2008;22:64–71.

2 Winters C, van Wegen EE, Daffertshofer A, Kwakkel G. ­Generalizability of the Proportional Recovery Model for the Upper Extremity After an Ischemic Stroke. Neurorehabil Neural Repair. 2015;29:614–22.

3 Marchi NA, Ptak R, Di Pietro M, Schnider A, Guggisberg AG. Principles of proportional recovery after stroke generalize to neglect and aphasia. Eur J Neurol. 2017;24:1084–7.

4 Winters C, van Wegen EE, Daffertshofer A, Kwakkel G. Generalizability of the Maximum Proportional Recovery Rule to Visuospatial Neglect Early Poststroke. Neurorehabil Neural Repair. 2016.

5 Bonkhoff AK, Hope T, Bzdok D, Guggisberg AG, Hawe RL, Dukelow SP, et al. Bringing proportional recovery into proportion: Bayesian modelling of post-stroke motor impairment. Brain. 2020;143:2189–206.

6 Byblow WD, Stinear CM, Barber PA, Petoe MA, Ackerley SJ. Proportional recovery after stroke depends on corticomotor integrity. Ann Neurol. 2015;78:848–59.

7 Buch ER, Rizk S, Nicolo P, Cohen LG, Schnider A, Guggisberg AG. Predicting motor improvement after stroke with clinical assessment and diffusion tensor imaging. Neurology. 2016;86:1924–5.

8 Feng W, Wang J, Chhatbar PY, et al. Corticospinal tract lesion load: An imaging biomarker for stroke motor outcomes. Ann Neurol. 2015;78:860–70.

9 Coscia M, Wessel MJ, Chaudary U, Millán JDR, Micera S, Guggisberg A, et al. Neurotechnology-aided interventions for upper limb motor rehabilitation in severe chronic stroke. Brain. 2019;142:2182–97.

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