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20 ans de Forum Médical Suisse
««Les idées n’ont jamais manqué»»

Il y a 20 ans, Natalie Marty et Reto Krapf ont participé à la fondation du Forum Médical Suisse avec beaucoup de ferveur et d’engagement. Dans cette entrevue, nous revenons avec eux sur ces deux décennies et jetons un regard sur l’avenir.

Natalie Marty, Reto Krapf, pouvez-vous raconter comment le Forum Médical Suisse (FMS) a vu le jour?

Natalie Marty (NM): Le FMS est «né» trois ans après la création, en 1997, des Editions médicales suisses EMH, une entreprise conjointe de la FMH et de Schwabe SA. Les revues apportées par les deux actionnaires étaient le Journal suisse de médecine, dans lequel paraissaient à la fois des articles originaux et des articles de formation continue, et le Bulletin des médecins suisses (BMS), qui était focalisé sur la politique professionnelle mais, à la demande de la FMH, a également comporté une partie dédiée à la formation continue à partir de 1998. A l’occasion d’une réunion stratégique du Conseil d’administration de EMH, nous avons, conjointement avec Reto Krapf, développé une idée émanant de la rédaction du SMW en 1999 et avons séparé les contenus relevant de la recherche et ceux relevant de la formation continue. C’est ainsi qu’est né le «modèle des trois piliers» des trois produits clés EMH: politique professionnelle et politique de santé dans le BMS, formation continue et postgraduée dans le FMS, et recherche dans le Swiss Medical Weekly en langue anglaise.

Portrait

Prof. Dr méd. Reto Krapf

Reto Krapf est spécialiste en médecine interne générale et en néphrologie. Il a été médecin-chef de plusieurs grandes cliniques de médecine interne publiques (Saint-Gall, Bruder­holz) et privées (Hirslanden Klinik St. Anna) et a été professeur ordinaire de médecine interne à Bâle. Il est actuellement Chief Medical Officer et membre de la direction de SYNLAB Suisse SA. Depuis 1993, il est rédacteur au sein des maisons d’édition Schwabe et EMH et il a occupé la fonction de rédacteur en chef du FMS de 2001 à 2014. Aujourd’hui, il s’occupe de la rubrique «Sans détour» du FMS.

Portrait

Dr méd. Natalie Marty

Natalie Marty est médecin avec une formation en management (MBA). Elle a été membre de la direction de Schwabe SA durant 14 ans et membre du Conseil d’administration de EMH durant 21 ans, ainsi que directrice de publication jusqu’à 2020. Aujourd’hui, elle est directrice de l’association promotrice et Managing Editor de la revue Swiss Medical Weekly, ainsi que membre de l’équipe de rédaction de la maison d’édition infomed. Par ailleurs, elle est consultante indépendante pour les questions en lien avec des publications médicales.

A l’époque, il existait déjà d’autres revues bien établies dans le paysage suisse de la formation postgraduée et continue. Quelle valeur ajoutée le FMS a-t-il pu et peut-il apporter?

Reto Krapf (RK): Je considère que le bilinguisme, qui était déjà ancré dans la maison d’édition et dans les rédactions, représente un plus. Il a été décidé d’investir les moyens nécessaires pour que les textes puissent paraître en deux langues. Sur le plan rédactionnel, le FMS jouit aujourd’hui d’une base solide en Romandie. Cela n’allait pas de soi, car au début, il y avait uniquement une personne francophone au sein de la rédaction.

NM: Nous avons toujours pris très au sérieux l’indépendance rédactionnelle. Il était extrêmement important pour nous que la rédaction puisse librement décider du contenu de la revue. En outre, tous les articles sont rédigés par des experts et soumis à un peer-reviewing. Le FMS se distingue ainsi du modèle du journalisme médical. Rétrospectivement, je trouve que la décision de créer une revue de formation postgraduée et continue pour toute la Suisse et de solliciter un tel nombre d’articles auprès d’experts était très courageuse.

Le FMS a-t-il démarré avec succès grâce à ces signes distinctifs?

RK: Les débuts ont globalement été très réussis. L’affinage du profil des trois produits clés y a été pour beaucoup. Il est rapidement devenu clair pour tous qu’on lit le «petit cahier bleu» pour sa propre formation postgraduée et continue. Le fait que le FMS soit envoyé à tous les membres de la FMH a certainement aussi contribué au succès. Il était étonnant de voir à quel point les lecteurs ont tout de suite répondu présents. Les auteurs ont eux aussi fait preuve de beaucoup d’engagement dès le début: le taux très élevé de réponses positives pour les articles de revue m’a énormément impressionné. Je souhaite ici leur tirer mon chapeau à tous.

Vous avez mentionné qu’il n’est pas facile de trouver des professionnels qualifiés. Comment avez-vous procédé et comment la rédaction a-t-elle été ­constituée?

NM: La rédaction du SMW s’est scindée en deux groupes de travail, dans lesquels les concepts pour le FMS et le nouveau SMW ont été élaborés. Les deux rédactions sont nées de ces groupes de travail. Mais nous avons bien sûr encore dû recruter davantage de forces vives. Cela n’a en effet pas toujours été facile, car le FMS dispose d’une rédaction de milice composée de professionnels très occupés et ses processus rédactionnels demandent beaucoup de travail. Un grand engagement était nécessaire.

RK: Et aussi une grande expérience. Nous avons pu nous appuyer sur notre réseau avec les sociétés de discipline, qui ont déjà été impliquées précocement dans la planification thématique des articles de revue. Il était souvent difficile de trouver des personnes de la jeune génération. Elles n’ont malheureusement pas assez de temps. En l’espace de 20 ans, j’ai constaté une forte concurrence autour des bons auteurs dans le paysage des médias médicaux. Il est essentiel de choyer nos auteurs ainsi que les réviseurs.

Se réjouissent du succès de la revue: Reto Krapf et Natalie Marty.

Les débuts semblent s’être plutôt bien passés. Avez-vous tout de même dû surmonter des obstacles?

NM: Dans le concept stratégique initial, il était prévu de ne pas financer une revue avec un tel tirage uniquement avec les recettes publicitaires. En juin 2000, la Chambre médicale a décidé d’allouer une contribution spéciale unique pour l’année 2001 destinée à financer l’expansion de la maison d’édition EMH, mais pas d’abonnement de base. Ce n’est qu’après le déclin massif des recettes publicitaires qu’il a été décidé, des années plus tard, de financer les trois produits clés par un mélange de recettes publicitaires et de taxes d’abonnement.

Cette somme, la «contribution de base», a par la suite à nouveau été réduite, puis supprimée à partir de 2019. Qui plus est, les recettes publicitaires ont continué à s’amenuiser au cours des dernières années. Comment le FMS est-il au juste financé?

NM: Les trois produits clés représentaient un package global, avec la possibilité de subventions croisées. Après la suppression de la contribution de base, il était cependant évident que de nouveaux modèles économiques devaient être élaborés. Maintenir en l’état ce triplet en tant qu’offre financée par la publicité et totalement gratuite pour les lecteurs n’était plus possible. Il a fallu prendre des mesures directes en procédant à des ajustements du concept éditorial, comme par exemple la parution bimensuelle au lieu d’hebdomadaire et la réduction des traductions des cas cliniques.

Les finances étaient donc un sujet de préoccupation permanent.

RK: En 20 ans, ce thème nous a constamment préoccupés. Nous nous sommes régulièrement réunis afin de trouver des solutions pour la poursuite du développement. Les bonnes idées n’ont jamais manqué, ni au sein de la maison d’édition, ni au sein de la rédaction. Les ressources étaient le problème. En conséquence, soit les idées ont pu être concrétisées beaucoup plus tard, soit elles ont uniquement pu être implémentées partiellement. Cela était parfois quelque peu frustrant.

A quoi avez-vous par exemple dû renoncer?

RK: Nous aurions bien aimé placer l’accent beaucoup plus fortement sur la relève. Je pense ici aux médecins-assistants et aux chefs de clinique dans les hôpitaux, qui sont les médecins de famille de demain. Nous avons par exemple mis au point un projet de numéros spéciaux ISFM, qui n’a malheureusement pas pu être réalisé. Pour moi, c’est l’une des plus grandes ombres au tableau au cours de ces vingt années. Je pense qu’il faudrait s’y atteler sérieusement pour le développement de la revue.

NM: Nous aurions aussi pu exploiter un grand potentiel en matière de numérisation. En raison du manque de possibilités d’investissement, bon nombre d’idées d’innovation n’ont pas pu être concrétisées. Nous étions en réalité très axés sur la technologie depuis le début, ce qui n’allait pas de soi à l’époque. Depuis le premier numéro, le FMS est paru en ligne et nous avons déjà enregistré les premiers articles dans une banque de données que nous avons programmée nous-mêmes et que nous n’avons cessé de développer depuis lors. Les métadonnées du site internet actuel du FMS dérivent aujourd’hui encore de ces contenus de la banque de données.

Considère le bilinguisme de la revue comme un atout: Reto Krapf.

En l’espace de 20 ans, le FMS a malgré tout connu quelques développements. Lesquels ont été particulièrement importants pour vous?

NM: L’introduction de la formation continue accréditée en ligne «SMF-CME» était à l’époque un projet innovant sur le plan technique. Plus tard, d’autres revues ont repris l’idée de publier des questions à choix multiples. Le FMS a par contre décidé de renoncer à la SMF-CME par la suite. Nos exigences de qualité pour les questions à choix multiples impliquaient des efforts rédactionnels énormes. Il s’est également avéré que pour l’acquisition de crédits de formation continue, les congrès avec un contact direct avec les collègues restaient plus appréciés que les questions en ligne. Le nombre d’utilisateurs de la SMF-CME ne justifiait à l’époque pas la grande charge de travail. Les choses seraient peut-être différentes aujourd’hui.

RK: D’une manière générale, l’offre de formation postgraduée et continue pour nos lecteurs s’est massivement améliorée en l’espace de 20 ans. Je fais par exemple référence aux Updates de la SSMIG. Les hôpitaux utilisent de plus en plus la formation postgraduée et continue pour leur propre publicité. Le FMS a lui aussi pendant un temps organisé des manifestations présentielles accompagnées d’articles de formation continue publiés dans la revue.

D’après vous, à quoi ressemblera le FMS dans 20 ans?

RK: Nous sommes relativement d’accord sur ce point: le FMS n’existera à 95% plus en version imprimée. L’avenir nous dira si l’on parlera alors encore de «revue». Je crois qu’il faut exploiter différents canaux. Le podcast est actuellement un média populaire et il pourrait s’appliquer pour des rubriques supplémentaires. Il pourrait aussi s’agir de podcasts moins sophistiqués, qui s’adressent à un plus vaste public. Mais c’est bien sûr aussi toujours une question de coûts.

NM: Les «lay summaries» sont une tendance captivante. Des textes initialement conçus pour les spécialistes peuvent ainsi être résumés de manière compréhensible pour les non-spécialistes. Avec l’Open Access, tout le monde a certes accès aux publications scientifiques, mais tout le monde n’a pas la base de connaissances correspondante.

Que souhaitez-vous pour la revue?

RK: Que le FMS continue d’exister! Je verrais bien des articles plus courts – nous nous sommes toujours battus pour cela. Il ne faudrait pas publier des textes de manuels, mais des articles croustillants. Le quotidien des médecins est cadencé. Lorsque le prochain patient arrive, l’article doit être lu.

Comme je l’ai déjà dit, le contenu du FMS devrait davantage être axé sur la relève, sans pour autant négliger les deux autres groupes cibles fidèles, à savoir les indépendants et les retraités.

A long terme, je souhaite que le FMS s’associe avec d’autres acteurs du domaine afin de perdurer dans le temps.

Quels sont les plus beaux moments de ces vingt dernières années?

RK: Le fait que le FMS ait dès le départ conquis autant de lecteurs a été un temps fort pour moi. J’ai apprécié énormément de choses: le bon dialogue avec les experts, les relations avec les sociétés de discipline, l’atmosphère dans les rédactions et l’entraide mutuelle.

NM: La collaboration au sein de la rédaction a été une expérience formidable. Des amitiés en sont nées. L’état d’esprit a toujours été très positif, constructif et créatif. Tous ont toujours apporté de grandes idées. Cet esprit de pionnier était très motivant.

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