access_time Publié 31.10.2019

Sans détour 45/46, 2ème partie

Prof. Dr méd. Reto Krapf

Sans détour 45/46, 2ème partie

31.10.2019

Nouveautés dans le domaine de la biologie

Le «stress» détériore la surveillance ­immunitaire des tumeurs

 

Il est soupçonné depuis longtemps que le stress psychique, quelle que soit la manière dont il est défini et analysé, a une influence négative sur les maladies malignes et la mortalité associée au cancer. La sécrétion accrue de cortisol sous l’effet du stress induit dans les cellules dendritiques (cellules présentatrices d’antigènes par ex. dans et autour du tissu tumoral) un gène, dont le produit protéique (Tsc22c3) inhibe la production d’interféron et l’activation des cellules T induite par l’interféron-γ. Par ailleurs, une association étroite a été identifiée entre des taux accrus de glucocorticoïdes, l’expression de ce gène dans les leucocytes et le mauvais état psychique des patients. Dans un modèle murin, un antagoniste des récepteurs des glucocorticoïdes et une désactivation du gène ont permis de rétablir l’activité immunologique anti-tumorale.

Nat Med. 2019, doi.org/10.1038/s41591-019-0566-4

Rédigé le 29.09.2019.

© Andrii Zastrozhnov | Dreamstime.com

Toujours digne d’être lu

Introduction de la tomodensitométrie grâce aux Beatles

 

Vers la fin des années 1970, les premiers tomodensitomètres (voir figure), appelés «EMI Scans» dans le langage courant d’après l’entreprise qui les fabriquait, ont également été introduits dans les hôpitaux universitaires suisses. Malgré la dose élevée de radiations délivrée à l’époque, cette nouvelle modalité d’imagerie révolu­tionnaire a été acceptée immédiatement, même si l’indication de cet examen au cours des premières années (dans les hôpitaux périphériques, les patients devaient être acheminés dans les hôpitaux centraux moyennant des coûts élevés) était encore très clairement une «affaire de chef» …

La découverte de la tomodensitométrie utilisable dans le contexte clinique est attribuée à l’Anglais Godfrey N. Hounsfield qui, il y a 40 ans (en 1979), s’est vu décerner le prix Nobel de physiologie ou médecine avec Allen Cormack. Grâce aux recettes générées par les disques des Beatles en contrat chez EMI, le «cash flow» de cette entreprise était si confortable que Hounsfield (parmi d’autres) a pu librement choisir et approfondir son domaine de recherche! Un synopsis instructif du développement clinique de cette modalité d’imagerie à laquelle nous et les patients devons tant est indiqué en référence. Après sa retraite de chez EMI, Hounsfield a travaillé bénévolement dans un hôpital de sa localité. L’échelle de Hounsfield encore utilisée aujourd’hui quantifie l’absorption des rayons X sur une échelle en niveaux de gris et permet ainsi de classifier les tissus (par ex. intacts, œdémateux, infarcis, etc.).

J Comput Assist Tomogr. 1980, doi.org/10.1097/00004728-198010000-00017

Rédigé le 30.09.2019.

Figure: Prototype du premier tomodensitomètre utilisé dans le domaine clinique (photographie originale de Philip Cosson ­[Public domain], via Wikimedia Commons https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Emi1010.jpg).

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Spermiogenèse, infertilité et cancer de la ­prostate

L’oligospermie et le cancer de la prostate sont dépendants des androgènes. Sur la base de l’observation répétée mais non confirmée universellement selon laquelle un nombre réduit de spermatozoïdes (oligozoospermie) et une qualité limitée des spermatozoïdes (asthénozoospermie) pourraient conduire à un taux accru de cancers de la prostate, une cohorte suédoise d’hommes qui sont devenus pères entre 1994 et 2014 a été évaluée.

Au total, 1 146 000 pères avec conception naturelle ont été comparés à près de 21 000 pères après fécondation in vitro et près de 15 000 pères après injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde. Le risque de cancer de la prostate était augmenté d’env. 50%, mais avec un risque à peu près doublé de diagnostic initial avant l’âge de 55 ans. L’augmentation du risque était plus marquée après injection intra-cytoplasmique de spermatozoïde qu’après fécondation in vitro. Les auteurs ont argumenté que les résultats ne s’expliqueraient pas par un taux plus élevé de prescriptions d’androgènes ou par un meilleur suivi.

BMJ 2019, doi.org/10.1136/bmj.l5214

Rédigé le 29.09.2019.

© Joshua Resnick | Dreamstime.com

Cela nous a également interpellés

Obésité, diabète sucré de type 2 et cancer du pancréas

 

A l’échelle mondiale, la fréquence de l’adénocarcinome du pancréas augmente parallèlement à l’augmentation de l’obésité et du diabète sucré de type 2. Chez des souris, une hyperinsulinémie induite par l’alimentation a augmenté la survenue des néoplasies intraépithéliales pancréatiques (altération pré-maligne), et la prévention génétique de l’hyperinsulinémie a permis de l’éviter. Les néoplasies étaient la conséquence de l’hyperinsulinémie et non pas d’une éventuelle hyperglycémie, ce qui constitue une confirmation in vivo de l’hypothèse insuline-cancer.

Des modifications diététiques adéquates, l’activité physique, le contrôle des processus inflammatoires chroniques et la metformine, autrement dit les interventions visant à limiter une hyperinsulinémie chronique, pourraient freiner ou réduire l’augmentation des cancers du pancréas. L’étude est critiquée en raison de son critère d’évaluation unique et à court terme (néoplasie intraépithéliale), et l’effet d’une suppression durable de l’hyperinsulinémie sur la fréquence des carcinomes du pancréas doit dès lors encore être évalué.

Cell Metab. 2019, doi.org/10.1016/j.cmet.2019.07.003

Rédigé le 30.09.2019.

© Oksana Kiian | Dreamstime.com

Le saviez-vous?

Comment l’urine devient-elle mousseuse?

 

Lorsque l’on verse de la bière avec une mauvaise technique (et qui plus est lorsque la bière n’est pas suffisamment fraîche), de la mousse peut se former en abondance. La raison qui explique ce phénomène et le fait que de la mousse se forme également en cas de technique de versement normale sont attribuables à la présence d’une substance amphiphile (c.-à-d. avec des parties hydrophiles et hydrophobes), la «lipid transport protein 1», provenant de l’orge.

Dans la base de données du métabolome humain figurent 88 substances amphiphiles qui sont sécrétées, dont la présence dans les urines est normale pour 16. Parmi ces 16 substances, 15 sont des sels biliaires primaires ou secondaires avec une action saponifiante, une autre substance étant un ester d’acide gras. Cela explique pourquoi les êtres humains peuvent observer de la mousse dans leur urine même en l’absence de protéinurie. Toutefois, cette mousse se dissout typiquement vite. En cas d’albuminurie/protéinurie, les protéines sont amphiphiles et elles agissent comme un «surfactant», ce qui peut aboutir à la formation de bulles remplies d’air. La description par les patients d’une formation abondante de mousse devrait donner lieu à une évaluation diagnostique, même si une protéinurie peut uniquement être confirmée dans un tiers des cas de formation de mousse prononcée et ascendante. Si la recherche de protéines se révèle négative, il convient de songer à une excrétion de chaînes légères (néoplasies plasmocytaires) ou à une aminoacidurie (syndrome de Fanconi, maladie de Dent). Par ailleurs, il ne faut pas oublier qu’une excrétion accrue d’acides biliaires (cholérèse) entraîne également une formation accrue de mousse (ictère cholestatique, prolifération bactérienne dans un segment de l’intestin et utilisation excessive de laxatifs).

Clin J Am Soc Nephrol. 2019, doi.org/10.2215/CJN.06840619

Rédigé le 02.10.2019.

Figure: Les substances amphiphiles dans l’urine entraînent la formation de mousse – ce qui n’est pas toujours une découverte ­pathologique (© Pongmoji | Dreamstime.com).

Prof. Dr méd. Reto Krapf

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