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Similaire à celui chez la femme
«Le cancer du sein chez l'homme»

Contexte

A l’échelle mondiale, le cancer du sein est la tumeur maligne la plus fréquente chez la femme. Cependant, les hommes peuvent également en être atteints, même si cela est rare. Les hommes ne représentent certes que <1% de l’ensemble des personnes touchées, mais on constate ces dernières années une incidence croissante, qui s’explique le plus vraisemblablement par l’allongement de l’espérance de vie [1].

Présentation du cas

Anamnèse et examen clinique

Un patient de 73 ans présentant une tumeur de la paroi thoracique du côté droit nous a été adressé pour avis par le service de médecine interne. Le patient a déclaré avoir remarqué la masse pour la première fois il y a deux mois. Il a également constaté un saignement de la tumeur ces derniers jours.

L’inspection de la paroi thoracique du côté droit a ­révélé une tumeur de croissance exophytique dans la région mammaire, mesurant environ 8 × 6 cm (fig. 1).

Figure 1: Tumeur de croissance exophytique dans la région mammaire droite du patient. Un consentement éclairé écrit est disponible pour la publication.

Résultats et diagnostic

Au moyen d’une biopsie à l’emporte-pièce, un carcinome mammaire de type non spécifique (TNS) (cT4a cN0 cM0, G3, RE 90%, RP 90%, Ki-67 50%, HER2-négatif [immunohistochimie 1+, hybridation in situ en fluorescence négative]) a été mis en évidence. Une tomodensitométrie du thorax et de l’abdomen a montré la masse solide connue, avec suspicion d’infiltration du muscle grand pectoral droit (fig. 2).

Figure 2: Tomodensitométrie du thorax (coupe axiale, fenêtre des tissus mous): dans la région mammaire droite, on ­observe une masse solide avec suspicion d’infiltration du muscle grand pectoral droit. Des épanchements pleuraux bilatéraux sont également visibles.

Aucun signe de métastases thoraco-abdominales n’a été constaté. Cependant, l’imagerie a révélé des signes de décompensation cardiaque avec un œdème pulmonaire débutant. Parmi les antécédents médicaux connus du patient figurait une insuffisance cardiaque aiguë de stade II selon la classification NYHA («New York Heart Association») (insuffisance cardiaque à fraction d’éjection réduite [ICFEr] avec une fraction d’éjection de 25%) dans le cadre d’une cardiopathie hypertensive.

Traitement et évolution

Les autres diagnostics secondaires connus incluaient une hypertrophie bénigne de la prostate, un diabète sucré insulinodépendant et une malnutrition. En ­raison de ces diagnostics et de l’état général globalement mauvais du patient, la décision d’une opération primaire a été prise par le tumor board interdisciplinaire. Face à une tumeur localement avancée et à des ganglions lymphatiques axillaires sans particularité à l’imagerie morphologique, une mastectomie élargie avec résection partielle du muscle grand pectoral et lymphadénectomie axillaire sentinelle droite a été discutée. Après une hospitalisation initiale dans le service de médecine interne pour un traitement de l’insuffisance cardiaque par du sacubitril/valsartan, un bêtabloquant et du torasémide, l’état général s’est rapidement amélioré. Deux semaines plus tard, l’intervention prévue a pu être réalisée sans complications. L’évolution postopératoire s’est déroulée sans problème et le patient a pu rentrer chez lui le quatrième jour après l’intervention.

L’histologie a révélé un stade tumoral pT4a pN0 (0/2 sn) L1 V0 Pn0 G3 R0. En raison de la situation cardiaque déjà décrite, le tumor board interdisciplinaire a recommandé une chimiothérapie adjuvante sans anthracycline par docétaxel/cyclophosphamide et, en outre, une radiothérapie adjuvante post-mastectomie ainsi qu’un traitement endocrinien par tamoxifène.

Le patient a refusé le traitement adjuvant proposé.

Discussion

Le cancer du sein chez l’homme est un diagnostic rare; à l’échelle mondiale, seules <1% des personnes atteintes d’un cancer du sein sont des hommes [1]. En Suisse, environ 50 hommes développent un cancer du sein chaque année [2]. L’âge moyen de survenue de la maladie est de 71 ans. Les facteurs de risque pour le ­développement d’un cancer du sein chez l’homme sont des antécédents familiaux positifs, des mutations ­génétiques, telles que la mutation BRCA1/2 ou CHEK2, des antécédents de radiothérapie dans la région du thorax, ainsi que l’obésité, des taux élevés d’œstrogènes et le syndrome de Klinefelter [1]. Environ 90% des hommes présentent un carcinome canalaire infiltrant (également appelé carcinome mammaire infiltrant TNS); les carcinomes lobulaires infiltrants et les carcinomes canalaires in situ ne s’observent que rarement. Dans plus de 90% des carcinomes, l’expression du RE (récepteur des œstrogènes) est élevée; l’expression du RP (récepteur de la progestérone), bien que présente, n’est exprimée aussi fortement que celle du RE que dans environ 35% des cas. Seuls 5–10% des cancers du sein chez l’homme sont HER2 (récepteur épidermique humain 2)-positifs. Un grade supérieur est souvent observé et 35–40% des individus atteints ont un statut ganglionnaire positif [3, 4].

Dans l’ensemble, les caractéristiques du cancer du sein chez l’homme ne diffèrent que peu de celles du cancer du sein chez la femme. Comme pour le cancer du sein chez la femme, le traitement chez l’homme dépend du sous-type de carcinome. Par analogie avec le traitement de la femme, le traitement de l’homme peut également faire appel à la résection chirurgicale, à la radiothérapie et à la pharmacothérapie. Le traitement chirurgical le plus courant est la mastectomie; un traitement conservateur du sein n’a été que rarement pratiqué jusqu’à présent [5, 6]. La littérature montre également qu’une radiothérapie n’a été effectuée que dans jusqu’à 42% des cas [5]. Dans les cancers du sein hormonosensibles, un traitement endocrinien est recommandé, tout comme chez la femme. Dans ce contexte, le tamoxifène s›est principalement imposé comme traitement de référence. Les effets indésirables typiques connus tels que les bouffées de chaleur, les sautes d’humeur, la perte de libido ainsi qu’un risque accru de thromboses et d’embolies peuvent également être observés chez les hommes.

Les mutations, comme par exemple la mutation BRCA1/2 ou CHEK2, sont des facteurs de risque pour le développement d’un cancer du sein chez l’homme. C’est pourquoi un conseil génétique devrait être recommandé à chaque homme atteint d’un cancer du sein.

En raison de la faible incidence, il n’existe pas encore d’études à grande échelle sur le diagnostic, le traitement et le pronostic du cancer du sein chez l’homme. A l’avenir, les hommes devraient donc également être inclus dans des études sur le cancer du sein.

L’essentiel pour la pratique

• Chez les hommes également, il convient de penser à un cancer du sein en cas d’altérations dans la région mammaire.

• Comme pour le cancer du sein chez la femme, le diagnostic, le traitement et le pronostic dépendent du sous-type de carcinome. Cependant, d’autres facteurs, tels que les comorbidités et les diagnostics secondaires, doivent également être pris en compte dans la recommandation thérapeutique interdisciplinaire.

• En résumé, le cancer du sein chez l’homme ne se distingue que très peu du cancer du sein chez la femme en termes de diagnostic, de caractéristiques et de traitement. Les hommes concernés devraient donc également être pris en charge dans un centre du sein certifié.

Un consentement éclairé écrit est disponible pour la publication.

Les auteurs ont déclaré ne pas avoir de conflits d’intérêts potentiels.

Image d'en-tête: © Radiologie, Inselspital Bern

Dr méd. Marina Maier
Brust- und Tumorzentrum
Universitätsklinik für ­Frauenheilkunde
Inselspital Bern
Friedbühlstrasse 19
CH-3012 Bern
marina.maier[at]insel.ch

1 Abdelwahab Yousef AJ. Male breast cancer: epidemiology and risk factors. Semin Oncol. 2017;44(4):267–72.
2 Ligue suisse contre le cancer [Internet]. Berne: Le cancer du sein chez l’homme. c2022 [cited 2022 Jun 28]. Available from: https://www.liguecancer.ch/a-propos-du-cancer/les-differents-types-de-cancer/le-cancer-du-sein-chez-lhomme.
3 Ferzoco RM, Ruddy KJ. The epidemiology of male breast cancer. Curr Oncol Rep. 2016;18(1):1.
4 Giordano SH. A review of the diagnosis and management of male breast cancer. Oncologist. 2005;10(7):471–9.
5 Giordano SH. Breast cancer in men. N Engl J Med. 2018;378(24):2311–20.
6 Cardoso F, Bartlett JMS, Slaets L, van Deurzen CHM, van Leeuwen-Stok E, Porter P, et al. Characterization of male breast cancer: results of the EORTC 10085/TBCRC/BIG/NABCG International Male Breast Cancer Program. Ann Oncol. 2018;29(2):405–17.

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